Jeudi 26 avril 2007
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13:41
un communiqué de notre candidat Fiat Ego
Françaises, Français, mes chers compatriotes,
Ce soir est un grand soir pour notre pays, et une victoire pour la démocratie.
Au cours de cette campagne, mes adversaires, appuyés par la clique politico-médiatique vermoulue des élites conspiratrices, ont tout fait pour vous couvrir de ridicule : gonflés d'incohérences burlesques, tantôt sévères comme de vieux maréchaux, tantôt bouffis d'amour guimauve, ils ont profané de leurs langues fourchues les icônes les plus sacrées de la Nation Eternelle, débauché les symboles vibrants de notre mère la République comme s'il s'agissait d'une vulgaire pétasse à gang-bang. Mais, valeureux compatriotes, vous avez tenu bon ! Le visage fouetté par le vent furieux des bassesses, vous avez tenu bon ; les pieds plongés dans la vase des balivernes crasseuses, vous avez tenu bon ; les jambes sapées par le déferlement puissant des balourdises, VOUS AVEZ TENU BON : fiers, droits et imperturbables de citoyenneté, vous êtes plus nombreux que jamais à avoir voté ! Peuple de France, merci. Tu t'es, une fois encore, montré à la hauteur de ta glorieuse identité ; tu as bien la démocratie que tu mérites.
[Ca, c'est fait.]
Je vous le disais, ce soir est un grand soir. Pour la première triangulaire de l'histoire des élections présidentielles, vous avez massivement exprimé votre juste révolte contre le système en me portant au second tour. Je voudrais donc d'abord remercier les millions d'électeurs qui m'ont accordé leur confiance et qui ont bien voulu placer en moi leurs légitimes espérances. Je les remercie à titre personnel ; mais c'est au nom de la France que je les félicite d'avoir su reconnaître dans mon programme la seule véritable voix du changement, de la nouveauté et de la rupture dans la continuité. Mes adversaires ont voulu jouer le jeu de l'imposture crapuleuse, du mensonge et de l'escroquerie les plus vils. Persifleurs étourdis de rumeurs, ils ont redoublé de bassesses pour jeter sur moi et sur les miens le plus ignoble discrédit - tous sans exception, même Sarkozy, dont tout le monde sait pourtant qu'il bat sa femme, et une Ségolène Royal affreusement vergeturée dont les relations incestueuses avec son pauvre fils Thomas ne sont un secret pour personne.
Mais vous n'avez pas été dupes - oh que non ! Vous avez sû déceler dans leur comédie maladroite la fourberie d'une conspiration sinistre. Vous avez déjoué leurs pièges. Des semaines durant, sondage après sondage, manœuvre après manœuvre, couleuvre après couleuvre, vous avez fait mine de tout avaler, mais vous n'avez pas été dupes - oh que non ! Et les chiffres le prouvent bien : selon une enquête PROFI-SEFO à la sortie des urinoirs, 31 % d'entre vous estiment avoir vu clair dans leurs manigances, 26 % pensent avoir fait leur devoir en toute lucidité, et 18 % affirment avoir vu la Vierge. 11 % seulement n'ont pas vu que des candidats très respectables étaient tout proches de leurs idées, mais les borgnes n'ont pas le sens des distances. Les autres n'ont pas perçu le danger ou ont pris des risques inconsidérés, ils ne méritent pas notre attention.
Mes chers compatriotes, vous n'avez pas été dupes - oh que non ! Aujourd'hui, vous avez marché vers moi, en rangs bien serrés et claquant des talons avec impatience. Bras tendu et main ouverte, vous avez fait un pas vers le salut. Mais il nous reste un rude combat à mener. Trois projets clairs s'affronteront au second tour ; trois visions de la société vont se rencontrer dans un chahut assourdissant. Trois regards très différents sur le monde : mon regard à moi, fier, vif et perçant ; un beau regard de femme libre plein de l'amour un peu autoritaire du caporal d'infanterie pour son porte-drapeau ; et un méchant petit regard par en-dessous. J'appelle désormais de mes vœux la loyale confrontation des idées. Nous le devons aux français qui, on l'a vu partout durant ces longues semaines de campagne, savent se mobiliser lorsqu'on leur propose un débat pertinent et honnête ou, mieux encore, des analyses fantaisistes et grotesques sur les tendances populistes fascisantes des uns ou l'irrédentisme stalinien des autres. J'invite donc mes deux adversaires, que je respecte, à renoncer sur le champ à leurs inacceptables menteries - absurdes autant qu'ignobles - et à cesser d'être des imbéciles mythomanes, des salauds de vendus à la solde de l'ennemi et des engeances de collabos moustachus pour entrer enfin dans une compétition civilisée. Ayez le courage d'une bataille d'arguments enfin raisonnables, sous l'arbitrage avisé des électeurs !
Pour ma part, je vous le promets, compatriotes adorés, je n'en ferai rien. D'ailleurs, vous avez déjà tout oublié de ce que je viens de dire - en dehors bien sûr des horreurs imbéciles dont j'ai recouvert ces deux guignes, parce que chez vous la mémoire et la citoyenneté ne sont activées efficacement que par le devoir. Je vous promets solennellement de ne jamais cesser d'insinuer les vacheries dont vous raffolez tant ou de glisser de temps à autres une référence historique lugubre. Je n'aurai de cesse de dénoncer les dérives dangereuses de mes adversaires, leurs travers terrifiants, leurs déclarations insoutenables et/ou de mettre en cause leurs patrimoines génétiques suspects. Je vous répèterai encore et encore qu'ils ont déjà gouverné, que ça ne peut plus durer et que le vrai changement, c'est moi. Ma stratégie est claire et réfléchie, elle ne fait aucun doute. Elle est à la pointe des techniques de communication modernes, peaufinée en laboratoire par des théoriciens prestigieux, inspirée des plus grands mouvements d'agitation populaire des années 50 à 70, et testée sur le terrain par des experts aguerris. Elle me portera droit jusqu'aux portes de l'Elysée sous les hourras d'une foule nombreuse, je vous le promets.
Elle tient en trois points, que voici :
- Comme le mot démagogie semble avoir perdu de son pouvoir magique au profit d'insinuations à plus fort potentiel affectif, je lui préfèrerai désormais des condamnations morales graves et des procès d'intention lourds. Je traquerai sans relâche le moindre signe d'affront à une communauté opprimée dont la protection doit bien évidemment être assurée par tous les moyens possibles, et notamment par un contrôle attentif du vocabulaire. Si ces signes restent invisibles, je les inventerai. De toute façon, vous n'y verrez que du feu : dès lors qu'il s'agit de la défense du bien, vous seriez d'accord avec n'importe quoi, car vous savez que notre société est une perfection fragile.
- Puisque que rien n'est jamais aussi efficace que la stricte répétition entêtée et le renvoi d'accusations, je me contenterai lors des débats de dénoncer la mauvaise foi de mes adversaires, qui sont en vérité directement responsables des maux qu'ils ne manqueront pas de m'imputer - car les lâches ne reculeront devant rien, ils iront, n'en doutez pas, jusqu'à me reprocher mes propres actes ! Dans la pratique, je me contenterai principalement de formules simples et pleines de sens qui déclenchent en chacun de vous des réactions d'approbation instinctives comme "de qui se moque-t-on ?" ou "je ne peux pas vous laisser mentir aux français". Si je suis mis en face de mon bilan à la tête de ceci ou cela, je répondrai qu'il s'agit d'une diversion grossière. Si l'on insiste, je reporterai immédiatement la responsabilité du désastre sur un membre de la famille de mon adversaire, au pouvoir avant moi. J'irai déterrer des coupables jusque dans le 19e Siècle s'il le faut. S'ils me trouvent à leur tour un prédécesseur calamiteux, retour aux fondamentaux : "Mais de qui se moque-t-on ? Je ne peux pas vous laisser mentir aux français."
- Puisque les arguments raisonnables n'intéressent manifestement personne quand ils peuvent être remplacés par des formules émouvantes et des grosses ficelles, je serai doux comme une mamie gâteau. Car malgré les éclats de rire furieux de quelques scélérats qui se délectent de négation, et au-delà de toute mesure de raisonnable, vous entendrez mon appel. Mes mots traverseront le brouhaha des moqueries perfides et des soupirs consternés pour venir se loger au fond du coeur social, dans les chaumières de la France aimante exaspérée par le cynisme, dans les cerveaux en roudoudou des bonnes gens exemplaires ; et là, ils résonneront en harmonie avec l'instinct des mères généreuses pour ressurgir du fond des gorges roses dans tous les refuges, toutes les soupes populaires et les trappes à misère ou s'aventurent encore la noblesse intouchable des petits héros du quotidien. Leurs voix seront la mienne, ils seront mon orchestre ; voici ma symphonie : « mon cher compatriote malmené par la vie, c'est à toi que je voudrais m'adresser. Mon petit frère malingre, amer et meurtri. Mon enfant. Je voudrais te regarder droit dans les yeux pour te dire : viens à moi, et je te protègerai. Je serai ton papa, ta maman, ta maison. Je serai la main douce et tendre qui caresse ton visage quand tu as peur. Je mettrai des cuillers en argent dans ta bouche affamée, un travail et des jeux dans ton désoeuvrement, de la sécurité dans tes rêves d'opulence. Je sais tes difficultés, et vais y remédier. Ne riez pas : ça marche. J'y mettrai le bon sourire, le ton juste, décorerai le tout de slogans et de mots valises, et rira bien qui rira le dernier ». Je pense à REUNIS DANS L'AMOUR, TOUT DEVIENT VIRTUEL, ce n'est qu'une ébauche, électeurs adorés, rassurez-vous. Je voudrais quelque chose de plus maternel. Car vous savez, Madame Royal, vous n'avez pas le monopole de la féminité.
Ne riez pas : ça marche.
fiatego@gmail.com
Par Fiat Ego
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