| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
A trop vouloir paraître gentil et inoffensif, Nicolas Sarkozy a perdu toute sa vigueur. Ses yeux fatigués témoignent de l'énergie et des efforts qu’il a déployés pour les Français durant la campagne. "Pour vous, j'ai tout donné". Cela mérite bien la victoire, non ? Et quelques jours de repos sous un beau ciel bleu au milieu d’une verte prairie. Il ne manquerait plus qu’une colonie de moutons sur sa cravate pour parfaire cette vision bucolique. Frédérique Nihous, du CPNT, a du souci à ce faire… Mais où est passé le diable Sarkozy ? Regardez bien les contours angoissants des arbres qui se détachent à l’horizon. Cette forêt ténébreuse et dépeuplée, surmontée d’un nuage blanc atomique. Une petite promenade avant de se mettre au travail ?
Le message délivré par Ségolène Royal est ambigu. Elle en appelle au changement à travers une photo d’identité suranée au fort pouvoir nostalgique. Difficile de donner un âge à cette femme aux allures de Marianne pour timbre Poste. Sans les rides qui ornent son regard, elle pourrait être une ancienne étudiante, une figure de la résistance, une jeune femme disparue, une terroriste en cavale... "Souviens-toi", semble-t-elle dire sur un ton envoûtant. "Souviens-toi des barricades, des jets de pierres… quand on a fait l’amour après avoir abattu ce gendarme, pour servir la cause". L’ex-militant quinquagénaire devenu bobo ne peut résister à cet appel du pied. Troublé, il sent son cœur battre dans sa poitrine, incapable de retenir son émotion devant l’insistance muette de Ségolène. Les souvenirs se bousculent dans sa tête. C'était la belle époque, le temps de toutes les espérances. Cette fois ce n'est plus un rêve. Le grand soir est arrivé, l'heure du changement a sonné.
François Bayrou a conduit une campagne musclée et il n’est pas au bout de ses forces. Attention, il est battu mais il peut encore taper. En position frontale, le regard qui percute, le point droit serré dans sa main gauche pour symboliser son programme politique – à droite pour combattre, à gauche pour protéger. François Bayrou est prêt à vous en décrocher une. Ca va cogner, on vous aura prévenu. Le candidat du centre veut nous préparer au combat pour faire sauter les clivages et en découdre avec le système. Tous les français seront conviés à une formidable baston confraternelle et salutaire pour remettre le pays d’aplomb. Ce sera l’équilibre par la confrontation. ll faut dire qu'à la ferme, des coups de sabots, il en a reçu. Et des paires de claques, il en a distribué... L’éducation, c’est son affaire.
Rien à faire, l’anxiété de la campagne a empêché notre candidate écologiste d’esquisser le moindre rictus. Il a fallu employer la manière forte. Une petite décharge électrique, transmise par une électrode située dans sa nuque, au moment du cliché. De quoi contracter les muscles du visage et faire passer une illusion d’optimisme sur son faciès. Placée au devant de la Terre malade, en mère protectrice, Dominique Voynet ne peut cacher son inquiétude et sa crispation, tandis que le ciel a tourné au vert. Ce qui n’est pas pour nous rassurer. Il est peut-être déjà trop tard et elle le sait. Et si cette femme médecin venait nous annoncer une mauvaise nouvelle, dans le couloir des urgences ? "On risque de la perdre", nous soufflerait-elle, affectée, en tenant la planète dans ses mains. Qu’on se rassure, si elle n’est pas élue, on pourra toujours se blottir contre sa poitrine et se réconforter au contact de son pull en cachemire et de sa chaleur maternelle. En attendant le chaos.
Le plus jeune prétendant à la présidence de République vous déshabille. D’un regard pénétrant, à la fois doux et impudique, il vous plonge dans une intimité gênante. Vous vous sentez alors touché(e) en plein cœur, comme une jeune fille intimidée devant ce grand garçon héroïque, révolutionnaire et justicier. On ne lui connaissait pas ce côté pervers. Comme quoi on peut être facteur, gagner moins de 1500 € par mois et avoir encore du désir. Que fixe-t-il vraiment ? Des salariés en colère regroupés aux portes d’une usine de métallurgie menacée de délocalisation ? Le leader d’extrême gauche semble indifférent à la multitude qui grouille derrière lui, et qui disparaît dans une vieille tapisserie ou une toile cirée de cuisine prolétaire. Où est passée sa révolte, son indignation permanente ? Dans sa veste en jean d’éternel adolescent, Olivier Besancenot s’abîme dans la contemplation. Serait-ce une jeune militante qui passe au loin sur son vélo ? A moins que ce ne soit la Porsche Cayenne rutilante du patron garée sur le parking. "Nom du Ché ! Je me la payerais bien !"
Le chantre du patriotisme apparaît grandeur nature dans un ciel bleu que rien ne vient troubler, pas même un vol d’oiseaux migrateurs… Gros plan métaphysique sur une tête servie sans accompagnement, avec deux petits yeux malicieux et un sourire goguenard entouré de rides envahissantes. L’intrusion macroscopique du candidat anti-immigration dans tous les foyers français ne passera pas inaperçue, contrairement à ses suffrages... "Regardez-moi, il n’y a rien d’autre à voir ! N’ayez pas honte d’être ce que vous êtes", semble-il nous dire. "Si vous n’êtes pas noirs, arables, musulmans, homosexuels ou toxicomanes… alors soyez entier, déployez votre identité à 100%. Je vous laisserai respirer l’air pur de France. Voyez ma tête, elle prend de la place n’est-ce pas ? Eh bien si je suis élu, des têtes… j’en couperai plein !"
C'est sans doute le plus flamboyant de nos candidats, malgré ses lunettes de guinguoi et sa puissante mâchoire déformée par trop de bile déversée. Montre en argent, pochette en soie, boutons de manchettes dorés... Avec l’âge, cet amoureux violent du drapeau tricolore devient de plus en plus coquet et séducteur. Dans sa posture d’athlète victorieux, il paraît en grande forme pour livrer son dernier combat. Le bras tendu pour montrer le chemin à la France au devant d'un chatoiement bleu blanc rouge. La scène relève pourtant du burlesque. On rigole bien au FN, la dérision a fini par prendre le pas sur la raison. En fait de nous montrer le chemin, Jean-Marie nous dit adieu, il tire sa révérence. C’était un canular, son dernier coup d'éclat, l’ultime hurlement d'une bête mourante. Juste pour la forme.