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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 17:32



« Innombrables sont les espèces de la manie, mais par le genre elle n'est qu'une. C'est, en effet, un délire qui dure, sans fièvre. (...) Et précisément, cette maladie touche les natures coléreuses, promptes à s'exciter, aimant l'action, de fréquentation facile, joyeuses, aimant le jeu. Ceux dont la nature a des tendances opposées, c'est-à-dire tous ceux qui sont nonchalants, tristes, lents à apprendre, mais endurants à l'effort, et en outre oubliant ce qu'ils ont appris, ceux-là, dis-je, c'est davantage la mélancolie qui les guette. Ceux de la première catégorie deviennent maniaques, mais aussi ceux qui sont à l'âge où le chaud et le sang sont abondants, ceux-là deviennent maniaques, c'est-à-dire ceux qui approchent de l'adolescence, et les jeunes et ceux qui sont au moment de vigueur extrême de tout leur être. Mais ceux chez qui la chaleur est allumée par la bile noire, et dont la constitution tourne au sec, c'est plus facilement la mélancolie qui les gagne. Une autre cause de manie est aussi un régime de gourmandise, une goinfrerie sans mesure, l'ivresse, le coït excessif, l'appétit du sexe. On a vu aussi des femmes devenir maniaques du fait de la non-purgation de leur corps, au moment où leur utérus devient adulte. Les femmes ne deviennent pas aisément maniaques ; mais elles sont plus gravement atteintes par la manie.

Telles sont les causes évidentes ; elles excitent un homme à la manie, si une cause quelconque supprime un écoulement habituel de sang, de bile ou de sueur. Pour ceux chez qui la manie revêt une forme gaie, ils rient, ils plaisantent, ils dansent de nuit comme de jour, en se dirigeant vers l'agora, sans peur de se montrer, couronnés parfois comme des vainqueurs qui sortent d'une lutte. Une telle forme de la maladie est, pour les proches, exempte de tracas. Mais il y a aussi ceux que la colère rend maniaques ; c'est le cas de ceux qui ont déchiré leurs vêtements, qui ont tué des serviteurs, et qui ont porté la main sur eux-mêmes. Ce malheur n'est pas sans risque non plus pour l'entourage. Mais il y a mille formes de manie.

Chez des individus pourvus de bons naturels et doués pour les études : de l'astronomie improvisée, de la philosophie spontanée, de la poésie venue apparemment des Muses. Tant il est vrai que même dans les maladies, la bonne éducation conserve de l'utilité. Chez les gens sans éducation, les formes que la manie peut prendre, c'est porter des fardeaux, travailler l'argile ; ils sont charpentiers ou tailleurs de pierres.

(...)

La cause de la maladie réside dans la tête et les hypochondres. Tantôt tous les deux commencent ensemble ; tantôt c'est l'un qui va au secours de l'autre et réciproquement. Ce sont les viscères qui ont le rôle principal dans la manie et la mélancolie, de même que ce rôle est joué souvent par la tête et les sensations chez les phrénitiques. Car ces derniers ont des sensations fausses ; et ce qui n'est pas présent, ils le voient comme vraiment présent. Et ce qui n'apparaît pas à autrui, se montre à leur vue. Les maniaques, eux, voient comme il faut voir, mais ils ne portent pas, sur ce qu'ils voient, les jugements qu'il convient de porter. (...) Au sommet de la maladie ils ont des rêves érotiques ; ils ont un désir irrépressible de l'acte sexuel en public. L'admonestation et le blâme les enflamment de colère, et la manie devient alors complète. Dès lors leur manie prend des formes différentes. Les uns courent sans pouvoir s'en empêcher, et, sans savoir comment, retournent en courant au même endroit. D'autres en viennent à s'en prendre à leur entourage. D'autres, au contraire, poussent des cris, en se plaignant qu'on les a volés, ou qu'on les a maltraités. D'autres fuient la compagnie pour la solitude, se livrant à eux-mêmes. Si l'on s'approche d'un relâchement du mal, ils sont languissants, tranquilles, tristes. Car, parvenus à la conscience de la maladie, ce malheur les afflige.



Arétée de Cappadoce - De la manie

Par Google Blum - Publié dans : bibliothèque des pages scannées
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